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Handball: la LNH en plein développement

Simon Dalmont jeudi 07 décembre 2017
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Il y a un an et demi, la Ligue National de Handball (LNH), l’organisme en charge du Handball professionnel masculin en France organisait sa mue. Modification du logo, de la charte graphique, intégration de la deuxième division (Proligue) qui était régit jusque-là par la Fédération, changement des noms des deux championnats et apparition du premier partenaire titre avec Lidl. Un gros tournant dans le milieu du Handball mais une étape logique pour Christophe Janot et Antoine Creuze, respectivement directeur du développement et responsable marketing de la Ligue.

Simon Dalmont est un ancien joueur professionnel. Il a été durant 3 saisons le gardien du JS Cherbourg Manche. Il est aujourd’hui étudiant en Management du sport à Kedge Marseille.

En observant le palmarès à couper le souffle de l’équipe de France masculine, on serait tenté de penser que le handball professionnel en est une affaire bien rodée. Cependant en y regardant de plus près, on se rend compte que la professionnalisation de ce sport n’en est qu’à ses débuts.

En effet, la LNH n’existe que depuis 2004 et fait office de petite dernière au niveau des sports collectifs majeurs en France (1932 pour la Ligue de Football Professionnel, 1987 pour la Ligue Nationale de Basket et la Ligue Nationale de Volley et 1998 pour la Ligue Nationale de Rugby).

Une création récente et qui devenait nécessaire selon Christophe Janot pour qui « le monde professionnel n’avait absolument pas sa place à la Fédération », qui devait se focaliser sur « ce qu’elle fait très bien, c’est-à-dire le développement du handball amateur et des équipes de France ».

La LNH compte aujourd’hui 13 salariés, contre 4 à ses débuts, et apour mission le développement du professionnalisme, qui passe par un accompagnement auprès des clubs. Chistophe Janot et Antoine Creuze insistent d’ailleurs sur cet accompagnement, pour eux « la Ligue est réellement un appui, une aide. Nous n’obligeons jamais les clubs à faire quoi que ce soit mais nous créons un cadre en relation avec eux ». Les derniers à rejoindre ce cadre sont donc les clubs de Proligue, avec pour objectif de « faire vivre ces deux divisions de manière indépendante mais avec une logique commune ».

Cette intégration tardive de la Proligue au sein de la LNH, qui était, selon Christophe Janot, « voulue dès le départ », a posé et pose encore des soucis. En effet, ces clubs ont souvent un fonctionnement à mi-chemin entre professionnalisme et amateurisme alors qu’en Lidl Starligue les structures sont beaucoup plus développées et mieux organisées. De l’aveu d’Antoine Creuze, « il est toujours compliqué de faire respecter le cahier des charges à tous les clubs de Proligue. On doit se battre pour les pousser à commercialiser des espaces. Les dirigeants sont en possession d’outils qu’ils ne rentabilisent pas toujours. L’ensemble des dirigeants de clubs doivent comprendre qu’il est dans leur intérêt de construire un produit attrayant et structuré ». Christophe Janot rajoute même que « certains clubs de Proligue ne font pas 1000€ de recette billetterie par match, quand en Lidl Starligue un club comme Nantes peut enregistrer une recette de 300 000€ pour une seule rencontre ». Un monde d’écart en effet, qui est tout de même à relativiser quand on connait la notoriété d’un club comme le HBC Nantes.

Pour Antoine Creuze, « il y a un manque en Proligue au niveau commercial, de la billetterie ou de la communication. Certains clubs sont trop focalisés sur le sportif, oubliant ce qu’il y a autour. Aucun club ne peut espérer tenir des années sans se développer économiquement. Il faut bien se rendre compte que pour devenir un club professionnel et bien il y a des professionnels à payer, que ce soit au niveau sportif ou au niveau administratif. » Attention toutefois à « ne pas y voir ici un discours pessimiste », tient à préciser Christophe Janot. « Tout cela avait pris du temps pour la Division 1 à l’époque et il en sera probablement de même pour la Proligue. »

D’ailleurs, pour aider les clubs à suivre la bonne voie, la LNH a signé un partenariat avec Time For Biz, une société qui aide au développement des revenus les jours de match en formant des commerciaux. Certains indicateurs prouvent d’ailleurs que les choses avancent dans le bon sens. En effet, depuis leur rattachement à la LNH, le budget moyen des clubs de Proligue a connu « une augmentation qui correspond à un pourcentage à deux chiffres ». Signe que même si des progrès sont encore à réaliser, le Handball est attractif.

Par le passé, nombreux sont les clubs à avoir mis la clé sous la porte. Le cas le plus connu est probablement celui de l’Atlético de Madrid, plusieurs fois champion d’Espagne et vainqueur de la Ligue des Champions à 3 reprises, qui a disparu en 2013. En France, on notera les dépôts de bilan des clubs de Mulhouse en 2016, alors en Proligue, et de St-Cyr Touraine en 2011. Lorsqu’on leur pose la question sur la possibilité de connaitre un cas similaire dans le futur, ils nous assurent qu’ils « travaillent pour que ça n’arrive plus. Tout est mis en œuvre pour équilibrer les ressources, pour que les clubs ne soient plus dépendants d’une seule personne ou d’une seule entité. Dans le cas de St-Cyr, c’est le président qui faisait vivre le club financièrement, et il a décidé d’arrêter presque du jour au lendemain… Aujourd’hui, il existe encore des présidents de clubs qui mettent de l’argent dans le dispositif, comme à Toulouse, mais tout ne repose pas sur eux. Les clubs ont bien compris qu’il en dépendait de leur survie. »

Focalisons-nous un peu sur la Lidl Starligue. Elle continue, année après année, de s’affirmer comme la meilleure division du monde avec la Bundesliga, longtemps considérée comme l’exemple à suivre. Aujourd’hui, les clubs français n’ont plus rien à envier à leurs voisins allemands au niveau budgétaire mais il y a encore un net retard au niveau des affluences, qui s’explique par un manque d’infrastructures certain. Mais pas seulement. Pour Christophe Janot, la façon de consommer le sport en France est bien différente de l’Allemagne où « tu vas au temple le matin, et tu vas au stade le soir ». En France, l’affluence dans les salles est très souvent dépendante des résultats sportifs. Pour limiter ce phénomène, Antoine Creuze considère que les clubs « doivent bien comprendre qu’ils doivent vendre plus qu’un résultat sportif. Ce résultat va apporter une demande naturelle, le spectateur qui se dit « tient, ils gagnent donc je vais y aller ». Mais que se passe-t-il le jour où les résultats ne sont plus là ? « Il faut raconter une histoire, le spectacle sportif ne se déroule pas juste entre le coup d’envoi et le coup de sifflet final. » Pour eux, l’exemple le plus concret aujourd’hui se trouve à Nantes. « Le « H » est connu même de la personne qui ne va pas particulièrement suivre les résultats sportifs. C’est devenu l’endroit où on veut aller parce que c’est l’équipe à suivre mais aussi pour passer un bon moment à côté du match. » Quand on sait qu’en 2008 le club évoluait encore au niveau en dessous, c’est réellement l’exemple à suivre.

Une belle preuve que le Handball professionnel en France a bien mûri reste tout de même l’arrivée de Lidl en tant que partenaire titre de la Starligue et partenaire principal de la LNH et de toute les compétitions qu’elle organise. Christophe Janot y voit une réelle force: « Lidl a le potentiel et le pouvoir de promouvoir le Handball professionnel à travers tout le territoire français. Cela entrainera des retombées plus importantes pour les clubs en local, ils auront moins de difficulté à expliquer ce qu’est le Handball professionnel. Et forcément il y aura plus d’attrait, que ce soit pour les télévisions, pour les médias ou pour les partenaires. On le sait, plus il y a de retombées, moins les partenaires ont de réticence à signer. » Il avoue tout de même que la LNH a « connu des difficultés en touchant un secteur de la grande distribution qui est déjà très présent dans tous les clubs, et même dans tous les sports. Mais petit à petit tout le monde prend vraiment le pas. Lidl n’est pas là pour écraser ses concurrents via ce partenariat mais vraiment pour développer le Handball en France. »

 Aujourd’hui, le budget moyen d’un club de Lidl Starligue est de 5 millions €, un chiffre qui a été multiplié par 3,5 depuis 2004 et la création de la LNH. On pourrait imaginer que comme dans un grand nombre de sports, les droits TV en sont une part importante, mais c’est loin d’être le cas pour le moment. D’après Antoine Creuze, « les sommes sont encore faibles et les clubs n’en dépendent pas. Aujourd’hui, si on enlève le PSG, cela représente entre 4% et 7% d’un budget. » Une misère quand on regarde ce que cela représente pour un club de Ligue 1. « Le championnat du Monde féminin est quasiment inexistant dans les médias. Il n’y a pas un début de résultat sur les chaines d’information le matin », regrette Christophe Janot. 

Lorsque l’on aborde le sujet du futur de la LNH, les choses sont très claires pour Christophe Janot : « Une structure commerciale interne à la Ligue vient d’être créée, ça a un mois c’est tout nouveau. Nous ne l’avons pas fait avant car on pensait que le produit n’était pas encore arrivé à maturité. Nous avons toujours un système de régie qui travail pour nous mais on veut aller plus loin. Nous avons des événements qui sont organisés tout au long de l’année que l’on coproduit avec la société S-Pass. Elle organise des spectacles sportifs et culturels, gère quelques Arenas mais surtout beaucoup de Zéniths et quelques Théâtres. Nous sommes en train de transformer nos événements. D’un événement purement sportif on essaye de créer un événement grand public. C’est assez nouveau, on a vraiment démarré sur le Trophée des Champions cette année à Rouen, on n’avait encore jamais vendu autant de billets. Il y a également de beaux objectifs pour le Final Four de Coupe de la Ligue à Metz. » Cette nouveauté « devrait stimuler à la fois l’aspect commercial mais également l’aspect production de spectacle sportif. C’est quelque chose qui a déjà été pris en compte par les plus grands clubs ».

Creuze souhaite lui mettre l’accent sur le développement d’un évènement encore jeune, le Hand Star Game: « C’est un évènement qui n’a que 5 ans. Les recettes de sponsoring ont augmenté, c’est diffusé sur beIN Sports, les joueurs jouent le jeu. L’objectif est vraiment de montrer que le Handball professionnel est un spectacle.» Ce nouvel événement« permet d’avoir une timeline bien structurée avec le Trophée des Champions à la rentrée, le Hand Star Game en février, le Final Four de Coupe de la Ligue fin mars et puis les Trophées LNH qui clôturent la saison. Tout cela leur permet de « commercialiser tout au long de l’année sans forcément aller sur des espaces clubs et ainsi leur apporter une rémunération sans empiéter sur leurs terrains. »

Pour conclure, en considérant la relative jeunesse du mouvement de professionnalisation du handball français et en regardant ce qui a déjà été accompli, on ne peut qu’être optimiste quant aux beaux jours que ce sport a devant lui.

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