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[Interview/Tennis] Alexis Gramblat: “Ça fait 25 ans que certaines personnes sont à la fédé !”

Roland Garros vient de se terminer et dans les coulisses de la Fédération Française de Tennis, c’est une autre partie qui commence. Ils sont 3 officiellement engagés mais qui sera le prochain patron de la FFT ? LeSportBusiness.com a rencontré Alexis Gramblat, un des candidats.

38 ans, avocat spécialisé dans le droit du sport et des sociétés, Alexis Gramblat connait très bien le monde du tennis. Joueur de club à un bon niveau (classé 3/6 au mieux, 5/6 aujourd’hui), il est président du Tennis Club de Paris, en charge du secteur sportif, et membre du comité directeur de la ligue de Paris.

L’élection se déroule en deux phases. Aux mois de novembre/décembre, de grands électeurs seront élus dans les départements et les ligues. Puis l’élection du comité Exécutif, du Conseil Supérieur du Tennis et du prédisent se déroulera en février 2017.

LeSportBusiness.com : Pourquoi souhaitez-vous devenir président de la FFT ?

Alexis Gramblat : Je me suis toujours intéressé à la gestion et au management du tennis en France. Il faut savoir que j’avais postulé pour faire partie du comité directeur de la fédération. On a refusé ma candidature en me disant que j’étais trop jeune, qu’il y avait des quotas de femmes à respecter, qu’il fallait faire entrer des présidents de ligues… bref que ce n’était pas possible. Cela montre déjà mon intérêt pour la chose.

Quand j’ai appris que Jean Gachassin ne se représentait pas et que j’ai découvert l’identité des 2 candidats qui prétendaient lui succéder, qui pour moi ne sont pas aptes à diriger la FFT, j’ai entamé une réflexion. J’ai interrogé des personnes mieux placées que moi pour prendre ces fonctions mais elles n’étaient pas intéressées dans l’immédiat, je pense à un Guy Forget par exemple. Alors pourquoi  pas moi ?

Les affaires qui sont sorties depuis le mois de janvier ont conforté ma réflexion : il y a besoin d’y aller pour avoir un renouveau, un changement de l’image, une gouvernance plus éthique, plus transparente.

Qu’est ce qui ne va pas dans cette fédération ? Vous diriez que, dans une certaine mesure, on est dans un système proche de celui de la FIFA ?

Toute proportion gardée, on peut le penser. A l’époque, j’étais avocat des licenciés qui s’étaient portés parties civiles contre Christian Bîmes, ce qui avait donné lieu à sa condamnation pour abus de confiance et prise illégale d’intérêt. Il avait dû quitter son poste de président de la FFT.

On avait pu constater que les dirigeants qui étaient avec lui fermaient les yeux et n’agissaient pas. Ces mêmes dirigeants qui prétendent aujourd’hui se présenter à la présidence de la fédé ou dans les équipes des candidats.

On pensait entrer dans une période plus calme avec Jean Gachassin mais on se rend compte que de la même manière, il y a eu des agissements critiquables, et que les dirigeants autour ont fermé les yeux. C’est caractéristique d’un entre-soi. Il n’y a pas de place pour des gens de l’extérieur. Ca fait 25ans que certaines personnes, dont les deux autres candidats, sont en place et avec le temps, elles n’osent plus se dire les choses.

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Vous êtes 3 candidats officiellement déclarés, avec Bernard Giudicelli et Jean-Pierre Dartevelle, qui sont des « historiques » de la FFT. Il y a eu des discussions entre vous ?

On a pas spécialement échangé, non. Je connais des gens qui sont dans leurs équipes mais on a peu d’échanges particuliers. Je suis preneur d’un débat avec eux mais ça a l’air compliqué.

Qu’est-ce que vous avez pensé de ce Roland Garros 2016 ? Le temps a gâché la fête et forcément, on reparle encore de ce fameux toit…

Est-ce que c’est le temps qui a vraiment gâché l’événement ? Ou alors est-ce que c’est l’imprévision et l’incompétence des dirigeants de la FFT depuis 8 ans ? S’il fait le même temps à Wimbledon, on aura au moins un court avec un toit. Wimbledon a installé son toit en 2009, on est en 2016 et nous n’en avons toujours pas un.

Est-ce que le projet d’extension a été mené de manière efficace par la fédération ? Pour moi, il aurait d’abord fallu se délocaliser. Ce n’est pas la décision qui a été prise. Ensuite, la priorité était d’avoir un toit, voire deux, puis d’examiner l’extension. Aujourd’hui, on a ni toit, ni extension.

Tout cela affecte l’image du tournoi ?

Roland Garros restera un tournoi mythique même si cette année, l’image du tournoi a souffert. Heureusement, on a un directeur de tournoi, Guy Forget, qui arrive à bien communiquer, qui a une image sympa, qui est un ancien champion. Mais il ne peut pas tout et il n’est pas responsable de ce qui s’est passé avant à la fédération.

La fédération devait prendre les bonnes décisions vis-à-vis des clients. Je pense au match qui a été arrêté au bout de deux heures et une minute. Je veux bien entendre que c’est le juge arbitre qui décide mais ce n’est pas sérieux. Cette épisode a été catastrophique en terme d’image. Encore plus lorsque les demi-finales hommes ont été jouées sur des courts différents alors que le public avait payé pour voir les deux matchs. Il y a eu une conjonction de choses qui ont contribué à dégrader l’image du tournoi cette année. Certains joueurs ont d’ailleurs émis de violentes critiques.

Et les joueurs français alors pendant ce Roland Garros, ce n’était pas un peu décevant ?

La terre battue n’est pas la meilleure surface de nos meilleurs joueurs. En général, on les juge sur ce tournoi mais ce n’est pas là qu’ils font leurs meilleurs résultats. Gasquet était demi-finaliste à Wimbledon, en quart à l’US Open. Enfin, Tsonga était quand même en demi à Roland l’année dernière et Monfils aussi en 2008…

On a quand même eu une victoire en double-dames et chez les Juniors, c’est quand même pas mal. J’ai pas envie de tirer à boulets rouges sur nos joueurs. Certains ont pu décevoir des attentes mais ils sont tombés sur une génération de champions exceptionnels, ça ne laisse pas beaucoup de places. A part Nadal, Federer,Djokovic et Murray, il n’y a que 3 joueurs qui ont remporté un grand chelem. Chez les filles aussi, ce n’est pas si mauvais avec une victoire en Grand Chelem en 2013, deux en 2006 et aujourd’hui une en double et une finale de Fed Cup à jouer.

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