[Interview] Ces deux anciens joueurs du LOSC lancent leur agence
Mathieu Debuchy et Yohann Lacroix. Le premier a été international français et a joué en Ligue 1 ainsi qu’en Premier League. Le second a mené une carrière plus discrète, loin des championnats majeurs, en évoluant notamment à Singapour en Irlande du Nord. Les deux hommes, anciens coéquipiers au LOSC, se sont retrouvés pour lancer leur agence de management de joueurs, Stryve.
La dernière fois, c’était en 2014. Yohann Lacroix, gardien de but, jouait alors dans un club de Belfast et suivait en parallèle de sa carrière une formation en sport business. Durant plus de dix ans, l’ancien joueur s’est spécialisé dans le droits sportifs. Après l’agence CAA Eleven, il a intégré le Comité international olympique, qu’il vient de quitter. Retrouvailles pour qu’il nous parle de son nouveau projet.
Le Sport Business : Yohann, il s’en est passé des choses depuis notre dernier échange. Ce qui n’a pas changé, c’est que vous êtes toujours à l’étranger. Vous n’avez jamais eu envie de revenir en France ?
Yohann Lacroix : J’ai la chance d’être originaire de Thonon-les-Bains. En vivant à Lausanne, en Suisse, ce n’est pas loin. La Suisse, c’est aussi un peu le berceau du sport et du sport business. Il y a toutes les grandes organisations sportives, en commençant par le CIO, l’UEFA, la FIFA, toutes les fédérations automobiles, basket, plein d’agences. Entre la Suisse et Londres, c’est les deux points clés en Europe pour le business du sport. C’était aussi plus facile pour moi d’accepter de partir en Suisse sachant que ma famille n’était vraiment pas loin. Je dois dire que je m’y plais beaucoup et j’aurais du mal à repartir.
Vous venez de quitter le CIO après sept ans de service dans les droits médias. Qu’est ce que vous faisiez exactement ?
J’avais comme mission à mes débuts de vendre les droits sur les territoires européens, au Moyen-Orient, en Afrique et Amérique latine. Jérôme Parmentier est passé vice-président du CIO et m’a nommé à la tête de l’unité. Je suis devenu responsable global de la stratégie monde. Les droits du CIO, c’est des montants très importants. On parle de plusieurs milliards par cycle. Ça veut dire négocier les droits télé aux USA comme en Chine, au Japon, en Corée, en Australie, en Europe, en Afrique.
Bien sûr, je m’appuyais sur mon équipe qui était des experts dans chaque région. Mais à la fin, j’étais quand même responsable de pratiquement 65% des revenus du mouvement olympique, ce qui n’est pas négligeable. Ça a été une expérience vraiment incroyable parce que les Jeux olympiques, en tant qu’événement, c’est monstrueux. Les gens et le niveau de personnes que j’ai pu rencontrer à cette occasion étaient dingues. J’en profite beaucoup encore maintenant. Je dois reconnaître que ça m’a ouvert à un niveau de connexion, d’une certaine séniorité chez des gens, avec les CEO des plus grandes chaînes du monde, des plateformes. D’avoir évolué pendant 7 ans dans ce milieu là, cela m’a fait progresser énormément sur plein de choses, que ce soit le business, la culture, la compréhension de l’écosystème du sport. C’était une belle expérience.
Combien de temps dure une négociation entre les premières discussions et la signature ?
Sur des gros contrats, on peut aller entre 12 et 24 mois pour l’Europe et les Etats-Unis. Il y a des territoires un peu plus simples mais ça dure quand même quelques mois. C’est au minimum 4 mois entre le moment où tu décides d’aller sur le marché et le moment où tu fermes le marché. Il y a une veille qui se fait au quotidien. Quand tu ouvres le marché, tu le connais par cœur, tu l’as déjà étudié, tu sais tous les players dans le marché. Tu as les contacts avec tout le monde, tu as parlé avec tout le monde, tu as compris les dynamiques. C’est un vrai travail au quotidien des équipes qui te donne de la data et des informations.
Vous travailliez sur des cycles assez longs (8 ans, donc plusieurs olympiades d’été et d’hiver), avez vous constaté un recul du montant des droits ?
Non, je n’ai pas vu de tarifs à la baisse et je ne pense pas qu’ils prendront cette direction. Dans certaines régions, comme en Europe par exemple, où c’est un produit vraiment pour les chaînes de télé publiques, cela dépend vachement des budgets qui viennent des gouvernements. On a un peu moins de poids là-dessus. Il y a d’autres marchés comme aux États-Unis où on voit que ça continue de grossir. Les audiences sont incroyables et c’est le cas partout dans le monde. C’est une des seules propriétés, je ne parle pas uniquement du sport mais dans l’entertainment global, qui reste très forte et qui va continuer de grandir. La Coupe du Monde, les Jeux Olympiques, ce sont des événements qui continuent de rassembler des audiences massives.
Après les droits, vous revenez aujourd’hui au terrain. C’est un retour aux sources…
J’ai toujours eu cette ambition un jour de créer ma boîte. J’avais deux ambitions : c’était un d’être très influent dans le business des droits à télé, je pense que je suis bien arrivé, et entreprendre, essayer de construire quelque chose de moi-même. Avec Mathieu Debuchy, un ami et un ancien coéquipier du LOSC, on a créé Stryve pour apporter quelque chose de nouveau dans l’industrie. Je pense qu’il y a des très bons agents et je pense qu’il n’y en a pas beaucoup.
Je pense qu’il y a aussi un travail global à faire sur les joueurs, avec un accompagnement 360, notamment travailler sur une éducation financière plus stricte, sur un plan de reconversion. Cette idée-là, elle est vraiment née de certaines discussions que j’ai pu avoir avec d’anciens coéquipiers, que je voyais en difficulté, que ce soit sur le plan financier, sur le plan social, ça me faisait mal au cœur. Je ne dis pas qu’on va révolutionner les choses parce que tout le monde ne va pas nous écouter mais en tout cas je pense que ceux qui nous écouteront, ils ressortiront après leur carrière avec un héritage assez fort et une belle vie devant eux parce que la carrière reste une parenthèse dans la vie et il faut qu’elle soit la plus belle possible.
Vous avez donc passé votre licence d’agent ?
Oui, j’ai passé ma licence FIFA et je suis en train de passer ma licence FFF. C’est important pour nous d’être dans les règles parce que tout le monde ne les respecte pas. Je pense que le fait que les fonds d’investissement arrivent massivement dans le sport apporte aussi un peu de process et de cadre. Ils regardent qui apporte de la valeur ou qui n’en apporte pas, cela va filtrer les acteurs.
Avant de vous lancer avec Mathieu Debuchy, vous aviez déjà identifié des joueurs qui pourraient vous rejoindre ?
Non pas du tout, parce que j’ai respecté mon contrat. Il s’arrêtait le 31 août, j’avais des clauses de non concurrence donc je n’ai rien fait. Nous n’avons parlé à aucun joueur avant. Bien sûr, on a fait des études de marché, on a parlé à nos contacts dans l’industrie pour pouvoir comprendre un peu comment cela marchait mais on n’avait signé aucun joueur avant.
Actuellement, on se focalise vraiment sur rencontrer les clubs, tous les clubs, pour comprendre comment ils travaillent, ce dont ils ont besoin. Cela leur fait gagner du temps et à nous aussi. Si nous n’avons rien à leur proposer au moment de leur besoin, on ne propose rien.
Quel est l’accueil des clubs justement et du milieu ? Votre parcours de joueur et d’expert de l’industrie rassure ?
Les gens comprennent très vite qu’avec Mathieu, nous avons les mêmes valeurs. On est droit, on est carré, on sait de ce dont on parle, on ne va pas vendre du vent. Il y a des capacités de négociation de ma part et un réseau aussi qu’on apporte, Les clubs sont ravis de discuter avec nous, on a déjà rencontré pratiquement la moitié des clubs de Ligue 1, plus de la moitié des clubs suisses. En un mois, c’est énorme. D’avoir Mathieu à mes côtés, c’est top parce que lui il a une expérience qui est rare, il a joué la Coupe du monde au Brésil, il a joué à Arsenal, Newcastle. Il a gagné le titre avec Lille. Il a aussi beaucoup maximisé en dehors du terrain, c’est un exemple à suivre pour les joueurs que nous aimerions avoir dans l’agence.








