MMA : avec Bar Tack, Franck Wallace veut imposer ses “équipements premium” dans les salles
En matière de textile, Franck Wallace connaît parfaitement les goûts et les couleurs des fighters. Cet ancien de Venum a fondé Bar Tack, une marque française spécialisée dans les équipements de sports de combat. Avec une attention particulière portée à la qualité, au design et à la durabilité de ses produits, l’entreprise entend s’imposer durablement sur le marché du MMA. Son fondateur revient sur la construction de la marque, ses ambitions et ses perspectives de développement.
Le Sport Business : Après presque treize ans chez Venum (voir notre interview avec le fondateur de la marque), où vous avez débuté en alternance avant d’évoluer jusqu’au poste de directeur de création, comment avez-vous identifié l’opportunité de créer Bar Tack et de vous positionner sur le segment premium des équipements de sports de combat ?
Franck Wallace : À l’origine, Bar Tack était une agence. Je n’étais pas destiné à revenir dans les sports de combat, mais la demande dans cet univers était tellement forte que c’est finalement revenu vers moi. L’objectif était de développer des produits pour différentes marques et différents projets. En observant l’offre existante, nous avons constaté qu’elle était bas de gamme. Beaucoup de marques se contentaient de récupérer des produits auprès de fournisseurs et d’y apposer leur logo. Nous avons voulu proposer quelque chose de plus qualitatif, avec des coupes exclusives et des matériaux robustes, notamment pour les clubs. Nous avons commencé avec un partenariat avec Daniel Woirin,
puis en proposant des t-shirts et des shorts de haute qualité. Les retours ont été immédiatement positifs, notamment sur la qualité des produits. C’est à ce moment-là que je me suis dit : pourquoi ne pas tenter d’aller plus loin et proposer quelque chose de différent ? C’est comme ça que j’ai décidé de développer Bar Tack en marque propre, avec des produits orientés premium.
Vous développez à la fois votre propre marque et une activité en marque blanche pour d’autres entreprises, notamment Nutrimuscle. Quelle place cette seconde activité occupe-t-elle aujourd’hui dans le développement de Bar Tack et comment envisagez-vous de la faire évoluer ?
Les deux activités marchent plutôt bien. Aujourd’hui, nous ne développons pas vraiment le côté agence, qui fonctionne uniquement grâce au bouche-à-oreille. On sélectionne les marques avec lesquelles on travaille, en privilégiant celles qui sont déjà en place. On évite de faire des lancements de marques, car c’est un travail très différent. Nutrimuscle, c’est un exemple : historiquement positionnée sur la nutrition, l’entreprise a souhaité développer une offre textile. Nous l’avons accompagnée dans cette démarche et cette nouvelle activité fonctionne très bien pour elle. Nous souhaitons conserver cette activité agence, mais uniquement auprès de marques qui ont un projet intéressant et cherchent un véritable niveau de qualité, aussi bien sur le plan visuel que dans la conception des produits.
Vous expliquez que les pratiquants méritent mieux qu’un simple graphisme sur un vêtement vierge. Concrètement, qu’est-ce qui différencie un produit Bar Tack d’un équipement proposé par une marque concurrente ?
Il y a deux aspects qui nous différencient. Le premier est visuel. Grâce à mon expérience, j’ai un véritable savoir-faire dans le design des sports de combat, que nous mettons au service des clubs pour les accompagner dans le développement de leur image. L’un de nos plus beaux exemples est notre collaboration avec Atch Academy, il y a presque deux ans. Leurs tenues sont devenues reconnaissables au premier coup d’œil. Le deuxième aspect concerne la conception et la qualité. Nous sélectionnons nos matériaux et concevons nous-mêmes nos produits, sans reprendre de modèles préconçus en usine auxquels nous appliquons simplement un design. Nous travaillons sur nos propres coupes, finitions et matières. C’est notamment le cas de notre coupe Aeromax, développée il y a deux ans et demi. Ce short à fente intégrale et croisée est devenu l’un de nos modèles emblématiques, très apprécié des combattants. Mathieu Letto-Duclos, qui a signé à l’UFC, utilise nos shorts depuis plus de deux ans avec un entraînement ultra intensif, et ils ne bougent pas.
Notre objectif, c’est que dans cinq ou dix ans, nos clients puissent ressortir les shorts achetés à nos débuts et nous dire : “Il est toujours là, je continue de m’entraîner avec et il n’a pas bougé.”
Le design de vos produits est réalisé en France, tandis que leur fabrication est répartie entre plusieurs pays. Comment choisissez-vous vos partenaires industriels et les lieux de production de vos différentes gammes ?
Nous choisissons avant tout nos lieux de fabrication en fonction du savoir-faire des fabricants. Malheureusement, aujourd’hui, les capacités de production françaises ne répondent pas suffisamment à nos exigences. Et ce n’est pas une question de prix. Si nous étions en mesure de trouver en France des fabricants capables de nous garantir un très haut niveau de qualité, nous travaillerions avec eux avec grand plaisir. Nous adaptons nos choix en fonction des spécialités de chaque pays. Nous fabriquons notamment notre textile en Asie, nos équipements au Pakistan ou en Asie, tandis que nos produits en coton sont confectionnés au Portugal, notamment avec du coton biologique.
L’idée est vraiment de travailler avec les partenaires qui disposent du meilleur savoir-faire pour chaque type de produit et qui sont capables de répondre à nos exigences de qualité.

Le marché des équipements de MMA compte encore un nombre relativement limité de marques spécialisées. Comment analysez-vous cet environnement concurrentiel et sur quels leviers Bar Tack entend-elle se différencier ?
Il y en a effectivement très peu, surtout sur notre créneau, parce que nous voulons vraiment rester premium. Il y a beaucoup de marques qui se lancent, souvent avec une forte présence médiatique au départ, mais dans six mois ou un an, on n’en entendra plus parler. Aujourd’hui, il n’y a rien de plus simple que de trouver un fournisseur. Mais la qualité et la conception ne suivent pas toujours. Prenons notre gant de MMA : c’est un modèle à triple couche. Nous étions parmi les premiers à proposer cette conception, alors que beaucoup de marques utilisaient des mousses injectées classiques. Cette protection permet notamment de mieux protéger les phalanges et le poignet.
Il y a aussi la question du respect des normes. Beaucoup de marques se lancent sans nécessairement les respecter. Nous, nous faisons normer nos équipements. Nous sommes très sérieux, d’autant plus que nous sommes partenaires de la fédération. Le positionnement de la marque, c’est d’en faire une valeur sûre. Si tu viens chez Bar Tack, tout est carré : le service client, la qualité, les designs.
Bar Tack est partenaire officiel de la Fédération française de MMA (FMMAF). Depuis la suspension de la MMA League, le 29 septembre 2026, comment cette situation affecte-t-elle votre partenariat avec la fédération et les perspectives de visibilité de la marque ?
Ça impacte forcément, parce que tout le circuit amateur est un petit peu en stand-by. La fédération a fait un excellent travail depuis ses débuts pour structurer le sport. C’est en découvrant tout ce qui avait été accompli que nous avons souhaité approfondir notre partenariat avec elle. Cette situation a nécessairement des conséquences sur notre visibilité. Mais la marque continue de se développer grâce à ses nouvelles collections et à ses équipements. Nous travaillons également avec pas mal d’athlètes professionnels, donc nous restons assez visibles. Nous sommes partenaires de la fédération depuis déjà deux ans. C’est simplement un petit temps mort qui se relèvera dès qu’ils pourront remettre les choses en ordre.
Au-delà de votre partenariat avec la FMMAF, envisagez-vous de développer des collaborations avec d’autres organisations du circuit amateur, comme le Striker, le 100% fight ou le PEF, afin de renforcer votre présence dans le MMA français ?
Nous étudions toujours les différentes opportunités. Nous avions notamment collaboré avec Duel Fighting lors d’un événement, qui avait bien fonctionné. Nous restons ouverts aux partenariats avec différentes organisations.
Bar Tack s’appuie sur un réseau d’ambassadeurs issus du MMA. Quelle est votre stratégie pour développer ce réseau et construire des partenariats durables avec ces athlètes ? Ces collaborations reposent-elles principalement sur des échanges de matériel et des dotations, ou envisagez-vous également une rémunération financière pour les combattants les plus connus, notamment ceux qui évoluent à l’UFC ?
Avant même de développer notre réseau d’ambassadeurs, on cherche des valeurs communes. C’est pareil avec les salles, pour lesquelles nous personnalisons également beaucoup de produits en France. Notre stratégie repose beaucoup sur les rencontres : on participe à des événements, on échange et beaucoup de combattants nous contactent directement. Ils découvrent nos produits sur d’autres athlètes, sont intrigués par leur qualité et viennent vers nous. Pour le moment, nous n’avons pas forcément besoin d’aller chercher plus loin, car nous avons déjà pas mal de demandes.
Après, nous sélectionnons les athlètes. Le but n’est pas simplement de leur donner des produits et de disparaître, mais d’essayer de construire quelque chose avec eux. Aujourd’hui, nous fonctionnons principalement sur des échanges de bons procédés. Il faut d’abord que l’athlète apprécie réellement les produits. Nous ne voulons forcer personne à les porter ni avoir une approche artificielle. Cela peut évoluer : avec des ambassadeurs plus connus ou selon leurs performances, nous pouvons être amenés à les rémunérer. Notre stratégie ne consiste pas simplement à utiliser les athlètes comme des supports de communication pour faire connaître la marque. Notre objectif, c’est de les
accompagner vers la performance. Nos produits doivent leur apporter une réelle aide au quotidien. Nous voulons vraiment accompagner les combattants dans leurs projets et construire quelque chose avec eux sur la durée.

Bar Tack s’appuie sur un réseau de revendeurs spécialisés. Quelle est votre stratégie pour développer ce réseau de distribution et renforcer la présence de la marque auprès des pratiquants ?
Nous travaillons avec pas mal de revendeurs et nous en ouvrons de plus en plus, notamment parce que notre gamme s’élargit et suscite un intérêt croissant. Nous venions d’ailleurs de livrer Boxing Shop juste avant le casse. C’est une boutique vraiment historique sur Paris. Il n’y a pas vraiment de mots pour décrire ça. Je sais qu’ils vont se relever, ça reste des combattants. Notre positionnement premium intéresse également les distributeurs, notamment parce que nous n’avons quasiment aucun retour. Notre short est tellement extensible que même si le client fait un cutting, il lui ira toujours. S’il a bien mangé pour Noël, il lui ira aussi. Les clients repartent satisfaits.
Quel impact cette situation a-t-elle eu sur les produits que vous aviez récemment livrés à Boxing Shop ?
Ça reste gérable. Boxing Shop disposait déjà de beaucoup de matériel et venait de prendre quelques-uns de nos produits. Les quantités ne sont donc pas très importantes de notre côté. Cela a un impact, mais ce n’est pas quelque chose d’énorme.
Vous souhaitez d’abord consolider votre positionnement dans le MMA avant d’élargir votre offre à d’autres marchés. Quelle est votre feuille de route pour développer vos gammes et sur quels axes d’innovation souhaitez-vous particulièrement miser ?
L’ambition de la marque est grande : à terme, l’objectif est de devenir véritablement mainstream. Mais, comme vous l’avez souligné, notre priorité reste d’abord le MMA. Nous voulons continuer à bien faire les choses dans cet univers et à y apporter une réelle valeur ajoutée. Ensuite, nous pourrons nous ouvrir progressivement à d’autres marchés. Nous ne voulons pas brûler les étapes ni simplement ajouter un énième short de muay-thaï à notre catalogue parce que c’est tendance. Par exemple, notre rashguard est particulièrement résistant au Velcro : lorsqu’on frotte une bande Velcro contre le tissu, aucune bouloche ne se forme. C’est assez rare sur le marché. Notre développement suivra plusieurs étapes : d’abord le MMA, que nous voulons continuer à développer, puis les sports de combat dans leur ensemble, avant d’aller progressivement explorer d’autres univers.
La marque grandit bien, suscite de plus en plus d’intérêt et élargit progressivement sa collection. De nouveaux équipements et des nouveautés vont continuer à arriver. Nous sommes très axés sur l’innovation, que ce soit dans le textile, le design ou la conception des produits. Nous cherchons vraiment à apporter quelque chose de fort et de différenciant.
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Contenu réalisé par Juliette Cosme, étudiante du Master Sport Business & Communication de l’EFAP.









