LE SPORT BUSINESS

[Interview] Pierre Salviac: “Ma candidature n’est pas prise au sérieux par le milieu”

Pierre Salviac est une figure emblématique du paysage audiovisuel français. A bientôt 70 ans, il est candidat déclaré pour devenir président de la Fédération Française de Rugby. Entretien sans langue de bois. 

LeSportBusiness.com: Pierre Salviac, que devenez-vous depuis la grande époque France Télévision et votre départ controversé de chez RTL ? 

Pierre Salviac: J’ai quitté France Télé fin 2005 après un départ négocié et, comme j’allais avoir 60 ans et tous mes trimestres, je suis passé directement à la case retraite. Retraite active puisque depuis cette date j’ai collaboré à Itélé, L’Equipe 21, D8, W9, RTL, Direct Matin, Le Point.fr, site auquel j’apporte actuellement ma collaboration via une chronique dédiée au Tournoi. Je suis éditeur d’un site de voyages: www.voyagez-malin.net” et d’un « blog-voyages.eu ». Je viens d’écrire ma bio « Merci pour ces moments » chez Talent Sport et je développe actuellement une application smartphone dédiée aux voyages de groupes.

Votre actualité, c’est surtout l’élection du président de la FFR pour laquelle vous êtes candidat. Un homme de média qui se lance dans une telle aventure, c’est assez inédit…

Je ne suis pas le premier homme de média à briguer la Présidence d’une Fédé. Un ancien journaliste, Philippe Chatrier, a été Président de la Fédération Française de Tennis avec le succès que l’on sait. Administrer le sport est dans l’ADN des journalistes. C’est eux qui ont inventé le Tour de France, la Coupe du Monde de foot et la Coupe d’Europe des Clubs. Bref, ma candidature n’est pas incongrue au regard de l’histoire.

Comment suis-je devenu candidat ? Réponse: à l’insu de mon plein gré. J’ai critiqué beaucoup pendant la dernière Coupe du Monde. On m’a dit: critiquer c’est bien mais proposer une autre façon d’administrer le rugby français serait mieux. J’ai rempli une feuille blanche. On m’a dit: la seule façon de faire passer tes idées c’est de les intégrer dans une campagne pour l’élection à la Présidence de la FFR. J’ai pris une licence de dirigeant à Saint Pierre, champion de la Réunion, pour devenir éligible et j’ai tapé à suivre.

livre pierre salviac

Quelles sont les grandes lignes de votre programme ?

La priorité de mon programme est de replacer les équipes de France à 15 et à 7 sur les podiums. Pour atteindre cet objectif, je dissous la LNR dont les intérêts sont concurrents de ceux de la FFR. En refaisant passer l’élite des clubs sous l’autorité fédérale je ne les engage pas en Coupe d’Europe parce que celle-ci ne fait qu’enrichir les clubs riches et est devenue un prétexte à recruter des joueurs qui ne sont pas sélectionnables en EDF. Comme les clubs de l’élite ne jouent plus la CE je récupère les dates pour convaincre les autres nations de mettre en place un Tournoi par matchs aller-retour. Sportivement cela permet d’établir une hiérarchie annuelle puisque toutes les nations jouent autant de matchs à domicile qu’à l’extérieur.

D’un point de vue économique, en doublant les recettes la FFR peut salarier une trentaine de joueurs et financer la formation. J’abandonne le projet de Grand Stade parce que je délocalise certains des 5 matchs du tournoi programmés à domicile en province. Et selon le modèle du Tour de France je fais payer des droits aux villes-étapes qui feront acte de candidature pour recevoir un match du Tournoi.

Certains ne prennent pas au sérieux votre candidature pourtant vous évoluez dans le monde du rugby depuis toujours. Qui vous accompagne et vous soutient dans cette candidature ?

Je sais que ma candidature n’est pas prise au sérieux par le milieu. Je sais aussi qu’elle intrigue. Un comique vient d’être élu Président du Guatemala. Au départ il n’avait pas davantage que moi des chances d’être choisi par les électeurs. Alors j’avance des idées révolutionnaires parce que je suis hors système. Si ces idées reçoivent un écho favorable chez les Présidents de clubs je ferai équipe avec eux. Avec un comité directeur composé pour 3/4 des Présidents des petits clubs et 1/4 des personnalités issues de l’élite dont des anciens internationaux qui m’ont rejoint.

Vous utilisez beaucoup les réseaux sociaux pour communiquer. Vous allez aussi faire campagne sur le terrain pendant les prochains mois ? 

Je fais campagne via les réseaux sociaux parce que c’est l’outil du moment. Obama avait campagne comme ça avec le succès que l’on sait. A quoi sert un tour de France devant des assemblées d’une centaine de personnes dont la majorité ne sont là que pour faire des selfies. A peine 30% sont habilités à voter.

“Mais si Laporte fait campagne sur le JE moi je fais campagne sur le JEU. La nuance est grande.”

 

Il y a eu quelques échanges de bons mots avec Bernard Laporte, qui est aussi candidat. Il y a de la tension entre les candidats, ça fait partie du jeu ?

Un duel Laporte/Salviac intéresse les média parce que nous sommes les 2 notoriétés de la campagne. Mais si Laporte fait campagne sur le JE moi je fais campagne sur le JEU. La nuance est grande. Tous les candidats, de près ou de loin, ont essayé de sonder mes intentions. Je n’envisage pas de rejoindre une liste. Mais je suis prêt à donner mes idées à tout candidat qui les adopterait. Je ne suis pas  à me dire je veux être Président tous les matins en me rasant. Je ne vis pas du rugby, moi.

On ne peut s’empêcher de vous demander quelles ont été les réactions de vos anciens partenaires au micro, Pierre Albaladejo et Thierry Lacroix ? Ils comprennent votre engagement ?

Bala et Lacroix comprennent mon engagement parce qu’ils connaissent ma passion pour ce jeu. Et savent comme moi qu’une équipe de France qui perd c’est un sport qui meurt dans notre pays. Bala supporte mes idées dans les grandes lignes mais ne me voit pas Président. Il me trouve trop clivant et il n’a pas tort. Mais je n’ai jamais fait dans le clientélisme. C’est ma manière d’être. Et je ne vais pas la changer à 70 ans.